Vents contraires
J'ai terminé il y a quelques jours les délicats " des vents contraires" et " le coeur régulier" d'Olivier Adam, auteur du non moins délicat "je vais bien, ne t'en fait pas". Ces histoires ont fait leur chemin dans ma tête et j'ai leur petite musique m'accompagne ces jours ci avec persistance. Combien de fois ai je répondu "je vais bien, ne t'en fais pas" lorsqu'on me demande comment je me sens ces derniers temps? Et il faut bien admettre que comme les personnages de ces trois livres, ma priorité est de rester debout et de le dire! Comment ne pas perdre l'équilibre et tomber lorsqu'on doit affronter la disparition d'une femme, d'une fille, d'un frère? Voici ce dont traite l'auteur, avec simplicité, gravité, délicatesse et espoir. Chaque héros va trouver, par des méthodes plus ou moins socialement correctes (le mensonge, l'abandon..) le courage de faire en sorte que la vie continue. Ce que j'aime chez eux c'est qu'ils ne guérissent pas. Lorsqu'on referme chaque livre, on imagine bien que ces vies resteront irrémédiablement abimée et que ces personnages resteront des survivants. On n'efface pas les drames, on vit avec et il n'y a que dans les films que les histoires finissent bien n'est ce pas? Mais c'est une jolie leçon. Et les gens abimés mais qui restent debout sont les plus riches.
Pas forcement les plus heureux, mais les plus vrais.
[NB:Un grand merci à tous ceux qui me lisent, avec discrétion et perséverance !!]
En vert et contre tout!
Je n'ai qu'une seule plante chez moi. Une vraie plante je veux dire, une qu'on arrose, qu'on expose aux rayons du soleil. J'en ai eu beaucoup d'autres, des belles, des orchidées fragiles, de robustes ficus, de ravissantes fougères. Une seule a survécu, allez savoir pourquoi! Je n'ai pas la main verte, soit. Pourtant, je l'aime ma plante, je l'aime d'amour. Car ma plante est comme moi. C'est une résistante. Mes visiteurs la contemplent avec pitié et compassion, sourient parfois devant tant de laideur et de décharnement. On me suggére de m'en débarasser, le compostage étant à la mode. On me propose de l'hébérger temporairement, le temps qu'elle se refasse une santé. On m'oriente vers des versions plastiques, tellement plus pratiques!
Mais ma plante vous dis-je, je l'aime, car comme moi elle a un secret: il lui suffit simplement de temps en temps d'une petite dose de tendresse, d'une touche de désir, de deux pincées d'amitié et d'un bel éclat de rire pour puiser en elle la force de faire surgir de délicats bourgeons, petits bijoux d'espoir et d'énergie, pleins de promesses. Certes, elle ne sera jamais la plus belle des plantes, elle ne croîtra ni ne multipliera, mais toutes les deux, dans un rayon de soleil d'hiver, on se ressemble et dans nos racines fragiles, coule la vie, malgré tout.
Slow....
Je n'ai jamais avancé avec autant de lenteur que ces derniers mois. Un pas après l'autre, une chose, puis une autre. Jamais aussi sensible aux minuscules petites étapes d'une journée, se lever, se doucher, se maquiller, s'habiller, un pshitt de parfum juste pour moi, lire, ranger, réflechir, admirer, laisser la petite musique du jour qui avance envahir ma tête, respirer...toutes ces minuscules choses à faire, infimes et nécessaires pour rester debout et pouvoir répondre "je vais bien" quand un ami me serre dans ses bras et me demande avec sincérité "comment vas tu?". Il n'y a rien de savoureux, rien de pétillant, rien de délicieux dans l'accomplissement de ces gestes, il n'y a que la conscience de faire ce qu'il y a faire. Certes, je suis en" stand by", ma vie est ainsi faite que souvent tout va trop vite ou au contraire tout se fige dans une torpeur brumeuse. Longtemps j'ai lutté, j'ai voulu chasser le brouillard qui me pèse. Désormais, j'ai appris à vivre avec et je profite de ce retrait de la vie qui bouge pour vivre en moi et avec moi. Pas besoin de poudre aux yeux de ceux qui vivent. Je me contente de faire mon pas après mon pas, doucement, en attendant...et je reste debout!
Contrat d'alternance
Lorsque les enfants repartent chez leur papa après une semaine à la maison, on ressent la même impression nostalgique que lorsqu'on ferme une maison de vacances après l'été. On change les draps, on range les peluches éparpillées, on replace les livres dans les bibliothéques, on met de l'ordre sur les bureaux, on jette les vieux papiers de bonbons planqués sous les matelas, on nettoie le sol en évitant d'aspirer les minuscules trésors égarés, on plie les vêtements abandonnés... avant de refermer doucement la porte de la chambre. Jusqu'au jour où les rires reviendront... Rituel immuable et redoutable.
Et puis on repense aux gâteaux inventés et délicieux, aux balades à vélo, aux morceaux de guitare partagés, aux visites au musée, aux coquillages ramassés sur la plage après la tempête, aux films regardés blottis sous une couverture, aux câlins et aux larmes, aux jeux. On a le coeur serré, la maison est si vide. Même si on sait bien que dans quelques jours, on pourra se fabriquer à nouveau une multitude de petits bonheurs, il suffit d'être patiente.
Etre maman en alternance n'est pas chose facile. L'intensité des retrouvailles, le chagrin des séparations, le calme d'une maison silencieuse les maudites semaines impaires, on a beau faire, il faut inventer une nouvelle façon de vivre sa vie de mère, de femme, se ressourcer, se remplir loin de leurs bras et de leurs yeux, accepter de ne plus partager pour un temps leurs joies, leurs jeux, leurs rêves.
Et espèrer très fort pouvoir leur annoncer quand ils seront là à nouveau qu'on a enfin retrouvé du travail et que tout ira mieux maintenant.
Un étrange Rendez Vous
J'avoue, je n'avais jamais jusque là ouvert un livre de Christine Angot. Du peu que je connais du personnage, cette femme, qui plus est une célébrité locale, ne me plait pas. Mais comme je le répéte à mes Airelles, on ne juge pas sans connaitre. Ca marche pour les épinards, ça marche aussi pour la littérature!!! Et la Curiosité est le plus précieux des défauts.J'ai donc emprunté ce "rendez vous" à la bibliothéque et me suis plongée dedans. Plongée oui, complétement. A lire très tard dans la nuit, à trimballer le bouquin dans mon sac en cas d'attente imprévue. Et pourtant....je ne l'aime pas ce livre. Le style d'abord est très particulier. Des phrases jettées, sans structure, l'ensemble est extrémement narratif et sans mélodie. On passe d'un amour à un autre, on y revient, on s'embrouille un peu dans l'espace temps. Et puis, cette impudeur totale qui fascine et dégoûte aussi un peu, de l'exhibisionisme qui transforme le lecteur en voyeur un peu mal à l'aise. J'ai sauté de nombreux passages parce que je m'ennuyais, les redites sont trop nombreuses, ça agace. Un exemple, ou plutôt un détail: "son portable était fermé". D'autant que je me souvienne, un portable fermé sonne quand même, ça ne veut rien dire! Et l'expression revient quasiment à toutes les pages, pénible. Le fond pourtant est assez intéressant: comment une femme se laisse malmener par des hommes égoïstes sans jamais vraiment ni se plaindre ni se révolter. Voilà qui fait écho! Harcelée par un banquier, harceleuse à son tour d'un acteur. Il y a beaucoup de douleur devinée souvent, exprimée aussi mais la profondeur n'est pas suffisante, on ne sait pas quelle position adopter face aux personnages. Non, je n'ai pas beaucoup aimé ce livre, je suis allée au bout, en immersion totale, mais j'ai été soulagée de le terminer! Et vous, vous l'avez lu?





